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Publié le par lavapeur

 


Qu'elle est belle la "justice" de la "démon- cratie  française"...

N'attendons pas d'être personnellement confrontés à ce genre de faits inadmissibles pour réagir et agir!

Lorsque le système judiciaire corrompu bafoue les droits des victimes et de leurs familles, c'est à la société civile toute entière de se lever et d'exiger que toute la lumière soit faite.

La vérité est le préambule indispensable à la manifestation de la justice.

Comment ne pas se sentir concerné et profondément révolte par toute cette iniquité?

Vérité!!!

Justice!!!

André DART

Une affaire d’Etat

Fréjus

5 juillet 1964, 7 heures du matin. Une Volvo sport blanche et noire, immatriculée en Suisse, roule sur la nationale 7 entre Puget-sur-Argens et Fréjus. Quelques minutes après, au lieu-dit Les Esclapes, elle s’enroule contre un platane. Les gendarmes en retireront deux corps inconscients : ceux de deux jeunes gens originaires de Dijon, Jean-Claude Saint-Aubin, 22 ans, et son amie Dominique Kaydasch, 16 ans. Ils meurent dès leur arrivée à l’hôpital de Fréjus.

Dans les jours qui suivent, les parents du jeune homme, bijoutiers à Dijon, viennent sur les lieux de l’accident. Ils veulent comprendre ce qui s'est passé. Mais devant les nombreuses incohérences, erreurs et falsifications que comporte le dossier, ils en arrivent à la conclusion que la Gendarmerie, comme d’ailleurs plus tard la Justice, essayent de leur cacher quelque chose.

Tout commence par le procès-verbal des gendarmes : il mentionne que leRenault Estafette 1960 dans une ccène du film Hibernatus 1969 lieu de l’accident comporte un dos d'âne, situé à la sortie d’un virage et qu'il n’est séparé du platane meurtrier que par une courte distance : 80 mètres. C’est d’ailleurs ce qui explique qu’aucune trace de freinage n’ait pu être observée : le conducteur a été surpris par l’obstacle.

Les Saint-Aubin font vérifier la distance par un géomètre assermenté : 193 mètres. Leur fils, essayeur de voitures professionnel au garage Jaguar de Genève et, de ce fait, conducteur très expérimenté, aurait eu le temps de freiner. `

Autre fait troublant : l’hôpital de Fréjus ne porte aucune de trace du certificat de décès et quant à l’ambulancier, il ne se souvient plus de rien. Les époux Saint-Aubin veulent en avoir le cœur net. Ils demandent que le corps de leur fil soit exhumé et qu’une autopsie soit pratiquée. Elle est refusée par la Justice.

Ils demandent alors qu’une véritable enquête soit ouverte : nouveau refus. Pour le procureur de la République de Draguignan (Draguinhan en Provençal classique), tout est très clair : après une longue nuit de conduite, leur fils, fatigué, a vu trop tard le dos-d’âne. Peut-être même s’est-il endormi au volant ?

Les époux Saint-Aubin ne se découragent pas. Quelques mois après, ils reviennent sur les lieux de l’accident. En discutant avec une pompiste, ils apprennent qu’il y a eu un témoin. La commerçante tient l’information d’un officier du camp militaire voisin. Il lui a dit qu’un ancien harki, employé dans une cimenterie, la SABAC, se serait confié à lui le jour de la mort de leur fils. Il lui aurait déclaré : « Je viens de voir un accident en me rendant à mon travail. Ce n’était pas beau. Un camion militaire a débouché d’un chemin et a projeté une voiture contre un arbre. Puis le camion a pris la fuite, suivi par une 203 ». Et d’ajouter qu’il y avait une flamme tricolore sur la plaque minéralogique de la 203.

L'accident

 Le témoignage est gênant : la Gendarmerie le récuse. L’ouvrier ne pouvait pas être à la fois sur son lieu de travail et sur celui de l’accident.

Les parents se rendent dans l'usine. Ils consultent le registre des mouvements du personnel. Il mentionne que l’ouvrier a bien pris son poste à 5 heures du matin alors que l'accident s’est produit deux heures plus tard. Les gendarmes avaient donc raison. Sauf que les Saint-Aubin découvrent également que ledit registre a été falsifié. Ils font dresser un constat par huissier de Justice : « Le chiffre 5  indiquant l'heure d'entrée est surchargé ainsi que le chiffre 7 indiquant le nombre des heures travaillées ». Les parents de la victime communiquent son rapport aux autorités judiciaires.

Une enquête est diligentée. Elle établit qu’un camion militaire a bien circulé sur la nationale 7 ce matin-là. Son conducteur est interrogé : il déclare que lorsqu’il est passé à la hauteur du lieu-dit Les Esclapes, vers 7 h 10, les gendarmes étaient déjà présents et canalisaient la circulation. Or, le procès-verbal rédigé par ces derniers mentionne qu’ils ne sont arrivés sur les lieux qu’à 7 h 40 ! Où est la vérité ?

Véhicule militaire 1958 Informé de la contradiction, le chauffeur se ravise : il vient de se souvenir qu'il serait passé bien plus tard ce jour là sur les lieux de l’accident.

Plus que jamais, les Saint-Aubin sont convaincus qu’on leur cache la vérité. Il revoient l’ancien harki qui leur confirme ses précédentes déclarations : un camion de l’armée a bel et bien coupé la route à la voiture de leur fils. Surpris, il a voulu l’éviter mais n’a pu empêcher d’être heurté à l’arrière. Sa voiture, déséquilibrée, est allée s’écraser contre un arbre.

Le témoin confirme également qu’il y avait bien une 203, appartenant à l’Armée, derrière le camion et que les deux véhicules sont immédiatement partis après l’accident. Là encore, les Saint-Aubin font recueillir ce témoignage par un huissier.

Désormais, il n'est plus possible de refuser la réouverture de l'enquête. C'est pourtant ce qui va advenir : la Justice refuse d’entendre l’ancien harki. Le Parquet estime qu’il a été témoin d’un autre accident ou, pire encore, qu’il a tout inventé !

Nullement découragés, les époux Saint-Aubin, après s'être adressés en vain au Parquet de Draguignan, se retournent vers le Parquet Général d’Aix-en-Provence, puis vers le Tribunal de Grande Instance de Draguignan. Ils vont même à la Direction Générale des Affaires criminelles du Ministère de la Justice à Paris. Peine perdue ! Aucune de ces institutions de la République ne veut les entendre.Ministère de la Justice Place Vendôme à Paris

Et quant à la voiture accidentée, elle a tout simplement disparu. Les douanes françaises affirment, sur la foi d’un procès-verbal signé par deux de leurs agents, que ceux-ci ont fait brûler le véhicule en juin 1965. Or six ans plus tard, les Saint-Aubin reçoivent une facture de 4 500 francs suisses émise par un garagiste genevois pour frais de gardiennage de ladite automobile depuis 1964...

Il y a bien pourtant un certificat de destruction, signé par deux douaniers français assermentés ! Il indique que l’épave de la Volvo a été brûlée et cassée sous leurs yeux. Pourquoi deux fonctionnaires de la République assermentés auraient-ils menti dans l’exercice de leurs fonctions ?

La Justice se voit contrainte d’ouvrir une information pour faux en écriture publique. L’accusation est très grave. On ne plaisante pas avec l’autorité de l’Etat en France. Le crime est passible de la Cour d’Assises.

Les deux fonctionnaires vont pourtant bénéficier d’un non-lieu : la Justice estime qu’il n’y a pu y avoir de crime de faux puisque l’altération matérielle de la vérité s’est produite sans intention de nuire !

Quelques années plus tard, l’Affaire Saint-Aubin va peut-être faire une troisième victime. En 1984, des journalistes de TF1 décident de réaliser un documentaire sur ce fait divers. Les parents de Jean-Claude Saint-Aubin leur communiquent l’adresse de l’unique témoin, l’ancien harki. L’homme est absent. Ils lui laissent une lettre. Dès le lendemain, il appelle les Saint-Aubin : il est d’accord pour témoigner devant la caméra et s’engage à téléphoner à TF1. Effectivement, un rendez-vous est pris avec les journalistes. Moualkia n’y viendra jamais. Entretemps, son corps, calciné, a été découvert dans son appartement.

gendarme 1960 Norev.gifLà encore, la Gendarmerie mène l’enquête : elle conclut que le défunt s’est endormi en fumant une cigarette. Détail étrange : la porte de son appartement était fermée à clé et celle-ci n’a jamais pu être retrouvée.

Et si l'ancien harki avait eu tort de se trouver au mauvais endroit et au mauvais moment ?

Dernier épisode, rocambolesque celui-là, et qui se passe au camp militaire voisin : le registre où sont portés les mouvements des véhicules a disparu. Mais un gendarme zélé le retrouve. On va donc savoir si un camion est bel et bien sorti le 5 juillet au matin. Pas de chance : la page de ce jour là a été arrachée...

La cibleCette accumulation d'anomalies persuade les Saint-Aubin que leur fils a été victime d’une erreur des services secrets français. Lui aussi a été au mauvais endroit et au mauvais moment. La guerre d’Algérie venait de se terminer et des professionnels militaires de l’action directe ont peut-être tenu un traquenard à des anciens de l'OAS (Organisation de l'armée secrète). Mais ils auraient confondu la voiture du jeune Saint-Aubin avec celle de leur cible, un avocat français, réfugié à Genève, et qui possédait une Volvo bicolore, également immatriculée en Suisse. Ils avaient appris qu'elle devait emprunter ce jour-là le même itinéraire.

Effarés, les parents de la victime se tournent une fois encore vers la Justice de la République. Ils veulent savoir ce qui s’est réellement passé le 5 juillet 1964 au matin sur la nationale 7. Pour ce faire, ils vont continuer, pendant plus de trente ans, à lancer toutes les procédures judiciaires possibles et imaginables. Elles seront toutes rejetées : 26 décisions seront rendues dans ce sens par la Justice entre 1964 et 1990.

Ecoeurés, les époux Saint-Aubin inscrivent un jour leur désespoir sur le platane où leur fils a trouvé la mort : « Ici deux tués par méprise. Crime camouflé et étouffé par les gendarmes et les magistrats du lieu, lâches et serviles. »

JugeCette fois-ci, l'institution judiciaire réagit avec célérité : ils sont inculpés pour discrédit jeté sur les institutions judiciaires. Ils vont néanmoins bénéficier d'un non-lieu mais pour mieux recevoir le coup de pied de l’âne : le jugement les déclare pénalement irresponsables car victimes d'un « déséquilibre » mental. Mieux encore : la décision a été rendue sans que les justiciables aient pu entrer en contact avec un Juge, le Parquet ou même un quelconque expert psychiatrique.

L’affaire Saint-Aubin ne va pas s’arrêter pour autant : de nouvelles bizarreries s'ajoutent aux précédentes. En 1981, les malheureux parents apprennent que le dossier judiciaire a disparu, trois ans plus tôt, du tribunal d'Aix-en-Provence. Dix-sept années de procédures sont à tout jamais perdues : s’il y a eu une Affaire Seznec, qui a durée plus de trois quart de siècle, il n'y aura plus jamais d’Affaire Saint-Aubin…Ministère de la Défense Paris

Dernier acte : en 1992, un magistrat, Hubert Dujardin, en poste à Créteil, affirme avoir reçu les confidences d'un officier supérieur. Il lui aurait confirmé la thèse « d’un acte volontaire et d’une méprise sur la personne » à propos des évènements survenus le 5 juillet 1964 prés de Fréjus. Le ministère de la Défense oppose aussitôt le démenti le plus formel !

 Jean Saint-Aubin est mort en 1994 et son épouse, Andrée, en 2003. Ils ont été broyés par la machine judiciaire comme leur fils a, peut-être été, trente ans auparavant, assassinés par la Raison d'Etat.

Peu de temps après leur départ à la retraite, des représentants de l’hebdomadaire l’Express étaient venus voir les saint-Aubin dans leur grande maison bourguignonne. Ils leur demandèrent d'où leur venait cette énergie et cette ténacité qui leur avaient permis de défier si longtemps la raison d'Etat ? Et Andrée Saint-Aubin de répondre : « La France, ce n'est pas cela »…

 

 

 

 

 

Photos : vue sur Frejus en direction de Puget sur Argens, Wikimedia Commons; Renault Estafette 1960 dans une scène du film français Hibernatus 1969 ; Le véhicule Volvo aprés l'accident, document paru dans les journaux de d'époque; Véhicule militaire Simca Cargo 1958; Ministère de la Justice, Paris;Ministère de la Justice, Place vendôme, Paris; “gendarme, 1960, en tenue d'été", miniature Norev; "cible";

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