LA PAC à la POUBELLE, BARNIER AVEC.

Publié le par lavapeur

Faut-il démanteler la politique agricole commune ?


Dossier sensible pour la France, la politique agricole commune appartient aux priorités de la présidence française de l'Union européenne. Le chef de l'État, qui plaide pour une " refondation de la PAC " , souhaite ouvrir le dossier dès que possible pour préparer les négociations de l'an prochain sur les perspectives budgétaires " 2013-2020 ".
Indhira Santos, chercheur au centre de réflexion Bruegel à Bruxelles
Indhira Santos, chercheur au centre de réflexion Bruegel à Bruxelles
Oui : Elle absorbe 40 % du budget de l'Union et laisse peu de place au reste " (Indhira Santos)

La politique agricole commune ne doit plus rester le pilier central de la politique budgétaire communautaire. Elle mobilise près de 40 % du budget de l'Union pour le bénéfice d'une population réduite, pas plus démunie que les autres. En conséquence, elle ne laisse pas beaucoup de marge de manoeuvre pour les autres politiques communautaires alors que l'Europe a désormais des objectifs communs en matière d'innovation ou de changement climatique. Son maintien est encore moins justifié aujourd'hui dans un contexte de prix agricoles durablement élevés. La crainte est que le processus de révision du budget et de la PAC soit à nouveau court-circuité par des considérations purement politiques. Certes l'accent est officiellement mis sur le développement rural ou l'environnement. Mais les trois quarts du budget de la PAC sont toujours consacrés à des aides directes ou à des interventions sur les marchés. Or, c'est bien ces modes de subventions qui brouillent le rôle que pourrait jouer l'Europe en faveur de ses citoyens et qu'il convient donc de remettre en cause. Si les propositions du " second pilier " de la PAC sont aujourd'hui trop vagues en matière d'environnement ou de biodiversité, à terme elles pourraient cependant constituer un levier efficace en matière d'innovation ou d'écologie, mais sans nécessairement relever de la PAC. De toute évidence, les montants en jeu seront très inférieurs aux subventions actuelles. D'autant que l'on peut concevoir que certaines dépenses de la PAC relèvent à l'avenir des budgets nationaux. Une profonde réforme de la PAC serait un signal fort pour redonner du crédit à la politique budgétaire communautaire.

Jean-Christophe Bureau, professeur à l’Institut national de l’agronomie à Paris-Grignon
Jean-Christophe Bureau, professeur à l’Institut national de l’agronomie à Paris-Grignon
Non : " La volatilité des prix rend pertinente la régulation des marchés " (Jean-Christophe Bureau)

Le débat lancé par Tony Blair en 2004 sur la nécessité de démanteler la PAC au profit d'autres priorités, notamment la compétitivité de l'Europe, sera à nouveau sur la table pour préparer le budget de l'après-2013. La position française qui plaide toujours pour une politique ambitieuse est fragilisée par la montée des prix agricoles, même si la crise alimentaire lui donne un nouvel argument quant au caractère stratégique de l'agriculture. Mais chacun sait que le statu quo est illusoire, y compris sur la base des changements notables déjà engagés sur les aides et la gestion des marchés. Toutefois, la PAC mérite mieux que l'éternel marchandage budgétaire franco-britannique. Elle doit servir de support à des objectifs de long terme pour une politique européenne de l'alimentation et de l'environnement. Elle retrouve même sur certains aspects une certaine légitimité : la grande volatilité des prix donne en effet une certaine pertinence au maintien de mécanismes de régulation des marchés. En revanche, il est clair que le système d'aides, actuellement déconnecté des prix mondiaux, doit être remis à plat,même si les situations sont différentes selon les activités. Les grandes cultures de céréales ou d'oléagineux bénéficient à plein des cours élevés, ce qui n'est pas le cas de l'élevage, qui concerne l'essentiel des exploitations et contribue fortement à l'équilibre des territoires. À l'intérieur du budget agricole, il serait nécessaire de redéployer davantage les soutiens vers des incitations à la protection de l'environnement. La PAC "ancienne formule" a sans doute vécu. Mais devant les incertitudes des marchés, il serait dommage d'abandonner toute politique agricole.

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